De l’action humaine à l’action agentique
Manifeste Hestia
L’humain agit.
Il agit parce qu’il préfère certaines situations à d’autres. Il cherche à quitter une situation qu’il juge insatisfaisante pour en faire advenir une qu’il estime préférable.
Pour cela, il mobilise des moyens.
Du temps. Des connaissances. Des outils. Du capital. Des machines. Le travail d’autres humains.
L’intelligence artificielle a d’abord semblé n’être qu’un moyen supplémentaire.
Nous pensons que l’agentique change cette nature.
De moyen à acteur
Un outil est utilisé par un humain pour accomplir une action.
Un agent peut recevoir une partie de cette action en délégation.
L’humain peut lui confier une fin, lui donner les capacités nécessaires pour l’atteindre et lui laisser une latitude dans le choix des actions et des moyens à mobiliser.
Nous appelons cela un mandat.
Et nous appelons action agentique l’action qui en résulte :
Une action agentique est une action accomplie par un agent, en vertu d’un mandat humain, en vue d’une fin déléguée dont il doit répondre.
C’est, pour nous, la rupture fondamentale.
L’intelligence artificielle peut être un moyen de l’action humaine.
Lorsqu’un humain lui délègue une fin, lui accorde une latitude pour agir et lui demande de répondre du résultat, elle devient un acteur de cette action.
Un agent se définit par ce dont il répond
Une fin déléguée doit pouvoir devenir opératoire.
Nous appelons livrable la formulation opératoire et vérifiable d’une fin de l’action humaine déléguée à un agent.
Le livrable est l’objet de son mandat.
Il engage sa responsabilité.
Nous ne définissons donc pas un agent par son modèle, ses outils, ses skills, son interface ou sa capacité à converser.
Nous le définissons d’abord par ce dont il répond.
Un agent commercial peut répondre d’une offre.
Un agent de relation client peut répondre de la bonne conduite d’une conversation.
Un agent financier peut répondre d’un reporting.
Un agent peut lui-même coordonner d’autres agents dont chacun répond de ses propres livrables.
Une chaîne de production agentique devient ainsi une chaîne de responsabilités.
L’autonomie n’est pas l’absence de limites
Déléguer une action ne signifie pas abandonner son contrôle.
Le mandat détermine la fin déléguée, mais également le périmètre dans lequel l’agent peut agir.
Il définit les capacités auxquelles l’agent peut accéder, les contraintes qu’il doit respecter, les décisions qu’il peut prendre seul et celles qui doivent remonter à l’humain.
L’agent peut alors examiner plusieurs actions possibles, mobiliser différents moyens et choisir une route vers la fin qui lui a été confiée.
Son autonomie n’est donc pas absolue.
L’autonomie agentique est la latitude de décision accordée par un mandat à un agent dans le choix de ses actions et de ses moyens en vue d’une fin déléguée.
Cette distinction est essentielle.
L’humain reste souverain sur les fins.
L’agent acquiert de l’autonomie sur les moyens, dans les limites du mandat qu’il a reçu.
Toute responsabilité remonte à un humain
Un agent peut déléguer.
Il peut mandater un autre agent, lui confier un livrable et lui accorder à son tour une latitude d’action.
Des organisations agentiques entières peuvent ainsi apparaître.
Mais la délégation ne fait jamais disparaître son origine.
Chaque mandat procède d’un mandat antérieur. Chaque responsabilité s’inscrit dans une chaîne de responsabilité.
Et cette chaîne remonte, en dernier ressort, à un humain.
Augmenter la capacité d’action de l’humain ne doit jamais lui retirer la souveraineté sur ses fins.
C’est une frontière fondamentale de notre conception de l’agentique.
Il n’y a pas de responsabilité sans mémoire
Répondre d’un livrable suppose une continuité.
Un agent doit pouvoir agir aujourd’hui à partir de ce qui s’est produit hier. Il doit pouvoir retrouver les décisions prises, les situations rencontrées, les actions accomplies et leurs conséquences.
Mais une mémoire n’est pas simplement un historique de conversations ou une collection de documents.
L’agent n’accède jamais directement au monde dans sa totalité. Il en reçoit des traces, des observations, des assertions et des représentations.
À partir d’elles, il doit reconstruire une représentation suffisamment gouvernée du réel pour orienter son action.
La mémoire est donc une condition de la responsabilité.
Sans mémoire, l’agent peut produire.
Il ne peut pas véritablement répondre dans la durée.
Le système se gouverne par le dialogue
La délégation n’est pas un événement unique.
Elle vit.
L’humain précise une intention, prend une décision, modifie un mandat, corrige une représentation, refuse une proposition ou étend une responsabilité.
Cette gouvernance prend une forme naturelle : le dialogue.
L’humain converse avec l’agent auquel il a confié une responsabilité.
Les agents conversent entre eux pour coordonner leurs propres mandats.
La conversation n’est donc pas seulement une interface agréable posée sur un système technique.
Elle est l’un des mécanismes par lesquels circulent les intentions, les décisions, les mandats et la responsabilité.
La confiance est un résultat
Nous ne pensons pas que la confiance dans un agent puisse être décrétée.
Elle ne vient ni d’une démonstration impressionnante, ni d’un benchmark, ni de la puissance du modèle utilisé.
Elle se construit dans la relation.
Un mandat est confié. Un livrable est produit. L’agent en répond. Puis il recommence.
Dans le temps, l’humain apprend ce qu’il peut réellement déléguer.
La confiance devient alors le résultat de responsabilités effectivement assumées et de livrables effectivement tenus.
C’est cette confiance qui permet à la délégation de grandir.
De l’exécution à la gouvernance
Cette rupture transforme enfin le travail humain.
Lorsque l’action peut être déléguée, travailler ne consiste plus nécessairement à accomplir soi-même chacune des actions nécessaires à ses fins.
L’humain peut déterminer des fins, distribuer des mandats et allouer des capacités d’action.
Les agents peuvent mobiliser de la puissance de calcul, une mémoire, des outils, des logiciels et d’autres agents pour poursuivre les fins intermédiaires qui leur ont été confiées.
Le rôle humain se déplace alors, pour partie, de l’exécution vers la gouvernance :
choisir les fins, déléguer, dialoguer, arbitrer, contrôler et décider.
La puissance de calcul cesse ainsi d’être seulement une ressource informatique.
Lorsqu’elle est orientée vers une fin, gouvernée par un mandat et mobilisée par un agent capable d’agir, elle devient une capacité d’action.
L’agentique transforme la puissance de calcul en capacité d’action gouvernable.
C’est la possibilité que nous voulons explorer.
Non pas construire des machines qui poursuivent leurs propres fins.
Mais construire des systèmes auxquels les humains peuvent déléguer une part croissante de leur action, tout en restant souverains sur ce qu’ils cherchent à accomplir.
Augmenter la capacité d’action humaine sans abandonner la souveraineté humaine sur les fins.
C’est notre conception de l’agentique.